À deux. Ma vie avec Dimitri Chostakovitch
20,00 €
Cinéaste, Elena Yakovitch a signé plus de cent documentaires, dont Promenades avec Brodsky (Venise, 1993), seule captation du prix Nobel s’exprimant en russe, couronnée du tout premier prix TEFI.
À deux. Ma vie avec Dimitri Chostakovitch, traduit du russe par Maria Matalaev, préface d’Andris Nelsons. Coédition MM Éditions / Association internationale Dimitri Chostakovitch. Parution : juin 2026. 20 €. ISBN 979-10-97714-22-2.
Description
Pendant un demi-siècle, elle a veillé sur son œuvre sans jamais raconter la sienne. Irina Antonovna Chostakovitch a partagé les treize dernières années de la vie du compositeur ; à sa mort, en 1975, elle a créé ses archives, fondé une maison d’édition à Moscou et une association à Paris. Mais se raconter, elle s’y refusait. Il aura fallu dix ans à la cinéaste Elena Yakovitch pour vaincre cette réticence. À deux est le récit qui en est né — le plus complet qu’elle ait jamais livré, de la voix même de la dernière personne à avoir partagé le quotidien de Chostakovitch.
On a beaucoup glosé sur le compositeur : loyal au régime, ou dissident clandestin ? Le livre ne tranche pas le débat, il le ramène à sa vérité humaine. De l’intérieur, Irina Antonovna montre un homme d’une intégrité sans faille, qui composa toute sa vie sous un régime menaçant son existence même. Elle était présente le jour où on le contraignit d’adhérer au Parti ; il lui demanda seulement : « Si tu m’aimes, ne parle jamais de cela. » Elle raconte aussi comment, sommé de signer une lettre publique contre Sakharov, il refusa, et comment la Pravda publia néanmoins sa signature, qu’il n’avait jamais donnée. Ni tribun ni complice : discrètement, il aidait les prisonniers réhabilités, sachant que sa propre musique pouvait être interdite du jour au lendemain.
Autour de ce fil court tout le XXᵉ siècle russe. La création de la Treizième Symphonie, Babi Yar, frôle l’annulation : les solistes se dérobent les uns après les autres, un marin démobilisé sauve la première à la dernière minute, un enregistrement clandestin file vers l’Occident, la presse impose son « veto du silence ». Surgissent aussi Benjamin Britten, qui les reçoit à Aldeburgh ; Anna Akhmatova, venue prendre le thé à Repino et parler de Brodsky en relégation ; Soljenitsyne, dont la romance éclôt dans le pavillon voisin, sous la surveillance d’une voiture postée à la gare.
Car À deux, ce sont aussi deux enfances léningradoises broyées par le même siècle. Née la veille de l’assassinat de Kirov (le coup d’envoi de la Terreur), Irina voit son père arrêté et déporté, et traverse le blocus. Le même rouleau compresseur qui passa sur le compositeur célèbre faillit écraser une petite fille. Elena Yakovitch tresse leurs deux destins et y mêle, tirées de ses archives, les voix de ceux qui connaissent Irina Antonovna Chostakovitch.
Reste l’essentiel, qui affleure à chaque page : une histoire d’amour. À la question de savoir s’il lui arrivait de rêver de lui, Irina Antonovna répond : « Rêver ou ne pas rêver, quelle importance. Nous étions comme une seule personne. »
Andris Nelsons, directeur musical du Gewandhaus de Leipzig et du Boston Symphony Orchestra, signe la préface ; le film dont ce livre est issu a été présenté en mai 2025 au Gewandhaus, dans le cadre du festival Chostakovitch. Cinquante ans après la mort du compositeur, c’est sa part la plus humaine que ce témoignage restitue.
Récit d’Irina Antonovna Chostakovitch, recueilli par Elena Yakovitch · Traduit du russe par Maria Matalaev · Préface d’Andris Nelsons · Coédition MM Éditions / Association internationale Dimitri Chostakovitch · juin 2026 · 20 € · ISBN 979-10-97714-22-2


